Alcool et party au bureau – Quelles sont nos responsabilités ?

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Collaboration spéciale : Stéphane Maurais, Directeur général d’Alco Prévention Canada

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La période des fêtes de Noël s’en vient à grands pas. Qu’en est-il de la responsabilité des employeurs lors de fêtes qui sont organisées par l’entreprise ?

À titre de planificateur d’événement comme un party de Noël ou un tournoi de golf, vous avez une responsabilité légale et sociale et vous devez prendre toutes les précautions envers vos employés ou invités. Quelques compagnies ont même été poursuivies par leurs propres employés. La cause la plus célèbre est celle de Linda Hunt du Groupe Sutton.

Le juge a statué que le Groupe Sutton avait la responsabilité de veiller à ce que Mme Hunt soit en état de conduire pour revenir chez elle en toute sécurité. Le tribunal a conclu que le Groupe Sutton n’avait pas rempli cette obligation, se contentant simplement d’offrir à Mme Hunt d’appeler son conjoint ou de la faire reconduire chez elle en taxi. La société aurait dû faire plus pour empêcher Mme Hunt de conduire.

Le tribunal en est arrivé à cette conclusion malgré le fait que Mme Hunt ne se soit pas rendue chez elle immédiatement après le party de Noël et que l’accident soit survenu après son départ d’un bar. À la fin de la journée, le juge de première instance a conclu que Mme Hunt était responsable à 75 % de ses blessures tandis que le Groupe Sutton et le bar avaient une part égale de responsabilité à l’égard des 25 % restants. Le tribunal a accordé à Mme Hunt des dommages-intérêts d’environ 760 000 $ plus les intérêts, avant la réduction de 75 % découlant de sa propre négligence. Note – Nouveau procès en cours suite à un appel…

C’est donc votre responsabilité d’offrir des solutions éthiques et innovatrices et de prendre conscience de la responsabilité de l’entreprise. Vous devez vous assurer que tous vos invités retournent à la maison en toute sécurité. La loi est claire, l’employeur est le premier responsable des gestes posés lors des fêtes. Ce n’est pas le fait de trop servir à boire qui entraîne une responsabilité, c’est plutôt de le faire sans se soucier des conséquences d’un abus.

Lors de vos événements corporatifs, personne ne vous avouera qu’il a déjà conduit en état d’ébriété. Pourtant, la réalité est toute autre. Une étude auprès de 12 000 consommateurs qui avait pris de l’alcool lors de divers événements nous a appris que plus de 40 % des personnes testées avec un alcootest étaient au-dessus de la limite légale de 80 mg. Or, phénomène intéressant, mais perturbant, la moitié seulement s’en doutait. Cela signifie que l’autre moitié s’en allait prendre le volant en ayant les facultés affaiblies. Peu de gens étaient de mauvaise volonté. Ces personnes pensaient vraiment être aptes à conduire. Or, la réalité était toute autre.

Une des questions qu’on me pose le plus souvent est certes le temps nécessaire pour éliminer l’alcool. Combien de fois entendez-vous « Ça fait une heure que je ne bois plus, je suis en mesure de conduire ». Or, on élimine 15 mg à l’heure. Si on considère un homme pesant 175 livres et ayant pris 6 verres de vin en 2 heures, son taux d’alcool sera aux environs de 140 mg. S’il attend une heure, son taux redescendra à 125 mg ce qui est bien au-delà de la limite permise. Il ne peut définitivement pas conduire. À cet effet, je vous invite à vous procurer sans frais votre tableau personnel format poche qui indique votre taux d’alcoolémie selon votre poids et le nombre de consommations. (smaurais@alcoprevention.com).

De même, les gens sont souvent surpris de savoir que même s’ils n’ont pas pris d’alcool, les policiers peuvent procéder à leur arrestation pour conduite avec facultés affaiblies. Celles-ci sont causées par exemple par les drogues, la fatigue, les médicaments, etc. Le code criminel est très strict à cet effet et vous pouvez perdre votre permis de conduire. Le mieux est de ne pas prendre le volant en cas de doute. Les risques associés à la conduite avec les facultés affaiblies sont si énormes qu’ils n’en valent pas la peine.

C’est pour cette raison que nous vous conseillons d’adopter des comportements responsables et faciles à mettre en place.

1. Ayez à votre disposition des instruments de mesure fiables comme des alcootests. Aurait-on idée de vous enlever votre odomètre à bord de votre véhicule ? Comment pourriez-vous alors respecter les limites de vitesse ? La même approche s’applique pour l’alcool au volant. Lorsque vous approchez la limite légale de 80 mg, vos capacités sont affaiblies comme votre jugement qui le devient aussi. Sans un alcootest, il devient impossible de deviner son taux d’alcool. Ça vous évitera d’argumenter avec un employé qui est certain qu’il peut conduire même après avoir pris une bouteille de vin…

2. Offrez des solutions de raccompagnement comme des coupons de taxi ou abonnez-vous à des services de raccompagnement. Ceux-ci ramènent les véhicules de vos employés à domicile avec l’aide de 2 chauffeurs. Plus besoin de laisser votre véhicule toute la nuit dans un stationnement.

3. Surveillez la quantité d’alcool servie lors de la soirée.

4. Assurez-vous que le personnel en place est compétent dans le service d’alcool. Des cours sont donnés régulièrement le plus connu étant Action Service offert par l’Institut de Tourisme et d’Hôtellerie du Québec (I.T.H.Q.)

Les conséquences étant très graves surtout dans le domaine du transport, il devient impératif d’agir de façon prudente, éthique et responsable. L’alcool au volant est responsable de 30 % des décès au Québec et 18 % des blessures graves. C’est un des pires bilans au monde. Notre objectif : améliorer avec vous ce bilan par des actions concrètes et des informations que vous pourrez partager avec vos collègues. Au-delà de la responsabilité légale, mettons l’emphase sur la responsabilité sociale. Aucune entreprise ne veut voir un des siens perdre la vie suite à un party organisé par la compagnie. Il existe aujourd’hui des moyens simples et faciles à adopter afin de permettre à tous de regagner son domicile en toute confiance.

Chronique prévention sécurité routière par Stéphane Maurais
Directeur général Alco Prévention Canada
www.alcoprevention.com

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